je rentre dans la petite cabine en bois, l'odeur de l'érable fatigué pénètre dans mes fringues. je me déshabille le plus vite possible, l'excitation tend mes jambes et rend mes articulations fébriles. une écharde me rentre dans la main, au creux de ma paume. le sang perle, ça fait mal ; c'est magnifique. je sors.
je cours, le vent fouette et emmêle allègrement mes cheveux, j'ai l'esquisse floue tellement je pousse la vitesse à son plus haut. susqu'aux nuages.
et là, c'est le début de l'osmose, quand mes doigts de pied entrent en contact avec la mer, ma mer, ma mère. je frissonne de plaisir, la brise continue de se perdre dans entre mes cheveux, mes poils se hérissent sur ma peau glacée.
je pénètre dans l'eau avec la lenteur des premiers jours, savourant chaque instant qui passe, laissant l'eau glisser sur mes plumes, attendant l'orgasme sans impatience. je sens le picotement douloureux du sel sur ma chair ensanglanté à cause d'un crachat de bois. chaque seconde a des allures d'éternité, je ne sais plus le temps. il n'y a plus de temps, les aiguilles se sont brisées en deux sous l'assaut de la beauté intemporelle. plus rien, je suis seule. dans la mer, la mère.
enfin, l'eau m'arrive aux épaules et chatouille délicatement le creux qu'elles forment, et joue à cache-cache sur ma clavicule. je suis bien, putain. Il n'y a plus rien, plus rien. j'ai retrouvé ma mère, l'amour que je lui porte est sans fin, sans faim ; elle est tellement belle, j'ai l'océan qui coule de mes yeux, elle m'a tellement manqué que ça fait mal de la retrouver. mais je l'aime tellement, ma mer, ma mère.


